texte d'exposition

Pausias sut « dans l’ombre même trouver une ombre », écrit Pline l’Ancien. À son instar Maurice Maillard réduit la masse chromatique et se concentre sur le silhouettage. Il pousse à l’extrême les opérations de la gravure et s’intéresse d’abord et avant tout au trait. De là une écriture totalement pure, un « iconotexte », comme  le dit Alain Tapié, indépendant de la narration, de la description, du raisonnement.

La Galerie 24 B exposera en septembre prochain cet œuvre puissant et discret qui  sort des sentiers battus : estampes, dessins, tableaux, fusains peints. On y trouvera des Vanités des années 1991 peintes à l’occasion de la grande exposition éponyme d’Alain Tapié, des Montagnes Sainte Victoire dans lesquelles le travail sur le trait rejoint progressivement le monde de la nature, ou encore un Paysage noir de 1992 recouvert de tailles croisées et contemplé comme à travers un moucharabieh : ces tailles préfigurent la gaze pâle dont Maillard recouvre maintenant ses dessins.

Les paysages voilés de 2014-2015 sont des chefs d’œuvre que la Galerie 24b s’enorgueillit de présenter au public. Ce sont des ombres légères, mais vigoureuses, de vastes paysages vus comme à travers un voile, une gaze ou une brume ténue. Les choses  chez Maillard ne semblent advenir au visible que par la médiation d’un léger brouillard ; elles nous touchent à distance à travers un fin liséré spirituel.

La rigueur d’une technique qui refuse toute séduction et tout pathos rend possible l’étonnant suspens poétique du monde. Nous échappons alors à l’emprise du temps qui se retire inéluctablement et sentons la proximité de l’originaire et du principe.

Ajoutons que l’importance patrimoniale de l’œuvre de Maurice Maillard est reconnue par les conservateurs  de la Bibliothèque Nationale de France qui demandent le dépôt dans leur fonds d’exemplaires de chacune de ses gravures.

Baldine Saint Girons

 

Biographie

Maurice Maillard est né à Evreux en 1946. Il vit et travaille en Normandie.

 Après une formation à l'école des Beaux-Arts de Rouen, dans l'atelier de gravure de Jacques Ramondot, il participe dès 1969 à des expositions collectives en normandie et à Paris, et obtient le 1er Prix du Salon de gravure originale à Bayeux en 1971. Tout en poursuivant sa carrière de peintre et de graveur, il enseigne les arts plastiques dans des lycées et collèges. A partir de 1983, où il remporte un prix à l'exposition Bilan de l'art contemporain à New York, il commence à exposer à l'étranger : New York, Belgique, Allemagne, Espagne, Russie, Corée du Sud, Pologne, Canada, Luxembourg, Japon. Son travail entre alors dans les collections de plusieurs musées français et étrangers. En 2012, le Musée d’Evreux lui consacre une exposition rétrospective pour laquelle Baldine Saint Girons,  philosophe et auteur de nombreux essais sur l'art, rédige une longue analyse de son œuvre. Plusieurs revues littéraires publient ses gravures et des articles consacrés à sa démarche. Récemment, la philosophe Claude Molzino lui a consacré un ouvrage Mémoire de l’ombre, De la gravure : Maurice Maillard (Editions Manucius. Paris).

En 2002, Maurice Maillard a été fait Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Pendant 13 ans, il a occupé le poste de directeur de la Maison des Arts d'Evreux. Depuis 2010, il est président de l’association « Le TRAIT, graveurs d’aujourd’hui », et président de l’association « Coréelation ».  

 

EXPOSITIONS RECENTES

Galerie AGLL Caen (14) -   Centre culturel « Les Dominicaines » Pont-L’Evêque (14)  - Les inspirations de la Chapelle Saint Julien. Petit Quevilly (76) -  Galerie L’échiquier. Paris - « Zuviel ? Zuwenig ? » Ahaus. Münsterland Festival Allemagne -  Musée d’art d’histoire et d’archéologie ; Maison des arts Solange Baudoux et    Médiathèque. Évreux (27) - Galerie Michèle Broutta. Paris - Galerie Mendes. Paris - Impressions 2016, l’Estampe à Barbizon (77) - Paysage peint – Nature rêvée » Musée La Cohue. Vannes (56) -  2nd Global Print. Douro. Portugal - « Le luxe de la peinture » Espace des Dominicaines. Pont - L’Évêque (14) - « estampes ? » Hommage au legs de Philippe Grenier de Monner. Collection (im)permanente. Musée de Gravelines (59)